
L’ARTICULATION
Des composantes de la classe de français
L’articulation est une démarche didactique et pédagogique qui vise à apporter une réponse aux difficultés que rencontrent les élèves en réinvestissant les apprentissages grammaticaux pour la compréhension textuelle, ou en s’appuyant sur le texte pour approfondir une notion de langue. Ainsi, l’articulation vise à lier les activités de grammaire aux activités de lecture et d’écriture en vue de développer les habiletés discursives des élèves (lire, écrire, parler, écouter). À travers de telles démarches, les élèves ont la possibilité d’opérer des allers-retours entre le texte et les ressources langagières permettant d’enrichir l’analyse grammaticale par l’étude du texte ou de mieux comprendre celui-ci par le travail sur la notion grammaticale.
« articuler, c’est mettre en place des activités qui permettent de penser l’enseignement de la discipline français en tenant compte de la nécessité de développer chez les élèves une maitrise de la langue à même de l’aider à mieux lire et à mieux écrire tout texte. »
Biao et al., 2021, p.247-248
UNE DÉMARCHE INTÉGRÉE, INTERACTIONNELLE ET NON HIÉRARCHISANTE
L’articulation se définit comme une démarche didactique et pédagogique intégrée, interactionnelle et non hiérarchisante.

INTÉGRÉE
L’articulation envisage la discipline français comme un tout. Dès lors, la grammaire, ou encore la lecture ne sont pas des fins en soi, mais plutôt des parties d’un ensemble cohérent. Il importe alors de rendre visibles, aux yeux des élèves, les liens entre les différentes composantes qui forme ce tout.
INTERACTIONNELLE
Afin de rendre visibles les liens entre les composantes, l’articulation invite à favoriser des interactions étroites entre elles. Elle se construit à travers des allers-retours entre la langue et les textes, ce qui permet d’établir des relations bidirectionnelles entre les différentes composantes disciplinaires.


NON HIÉRARCHISANTE
Dans ce contexte d’interaction, l’articulation suppose qu’aucune composante n’est subordonnée à une autre. Elle évite d’instrumentaliser une composante au profit d’une autre. L’articulation vise plutôt à promouvoir des relations réciproques entre les composantes, sans placer les apprentissages linguistiques et littéraires sur des pôles distincts où l’un dominerait l’autre.
L’articulation implique différentes démarches didactiques et pédagogiques visant à lier les diverses composantes de la classe de français, de manière à ce qu’elles se nourrissent réciproquement, sans jamais instrumentaliser l’une des composantes au profit d’une autre. Ainsi, l’articulation respecte l’intégralité des composantes et crée des espaces de rencontres entre l’étude des textes et l’étude de la langue.
DÉCLOISONNER, INTÉGRER OU ARTICULER, QUELLE DIFFÉRENCE ?
Malgré une réalité commune, les auteurs utilisent une pluralité de termes pour définir l’articulation dont décloisonner, intégrer et évidemment articuler. Or, selon nous, ces termes sont loin de signifier la même chose.
Du point de vue lexical, décloisonner signifie « enlever les cloisons qui empêchent les relations entre les disciplines » (Le Petit Larousse illustré, 2022). Le décloisonnement cherche donc à supprimer les barrières qui séparent traditionnellement les contenus scolaires, mais sans nécessairement établir de liens entre eux.
Toujours selon le Petit Larousse illustré (2022), intégrer, c’est inclure dans un ensemble plus vaste. Appliqué à l’articulation, ce terme suppose un processus d’assimilation dans lequel une composante perd son autonomie au profit d’une autre. Dans cette logique, intégrer les apprentissages linguistiques dans la littérature reviendrait à réduire la littérature à un simple support de travail.
Enfin, articuler, c’est « joindre, relier harmonieusement ou dans un ordre logique les éléments d’un ensemble » (Le Petit Larousse illustré, 2022). Cette définition implique l’organisation et l’établissement de liens spécifiques entre les composantes, les éléments, de la discipline Français, l’ensemble.
Le graphique ci-dessous illustre bien les relations entre les composantes impliquées par chaque terme :

C’est pourquoi nous privilégions le terme articulation, qui dépasse la simple suppression des barrières suggérée par le décloisonnement, ou le rapport de subordination sous-entendu par l’intégration. En effet, ni le décloisonnement ni l’intégration ne suffisent à faire saisir aux élèves l’utilité des apprentissages linguistiques pour comprendre et interpréter les textes.
POURQUOI ARTICULER ?
En somme, l’articulation facilite l’établissement de liens pertinents et bénéfiques entre les différentes composantes de la classe de français, mais elle stimule également la motivation, favorise le développement de compétences discursives et langagières et facilite le transfert de connaissances chez les élèves

MOTIVATION
L’articulation contribue à stimuler l’engagement et à renforcer la motivation des élèves.

APPRENTISSAGE
Elle favorise le développement des compétences discursives et langagières des élèves.

TRANSFERT
Elle facilite le transfert et le réinvestissement des connaissances entre les différentes composantes.
COMMENT ARTICULER ?
Résumé des « Six étapes pour articuler les savoirs grammaticaux et les compétences de l’écrit » de François Vincent et Florent Biao (2023)
Comme pour toute mise à jour des pratiques, l’élaboration de séquences didactiques articulées peut sembler complexe, mais en suivant ces six étapes, vous y parviendrez aisément.
1
REVOYEZ VOTRE PLANIFICATION GLOBALE
Ne vous laissez pas intimider par la liste des contenus présente dans la progression des apprentissages (PDA). Cherchez plutôt des liens possibles entre les notions : une seule séquence bien pensée peut couvrir plusieurs apprentissages et donner plus de sens à vos cours.
2
CHOISISSEZ UNE INTENTION CLAIRE
L’articulation des composantes de la classe de français n’est pas une fin en soi. Décidez de ce que vous voulez travailler : une notion grammaticale ? Un procédé d’écriture ? Une stratégie de lecture ? Une œuvre ? Un type de texte ? Cette intention sera votre fil conducteur.
3
DÉFINISSEZ VOTRE POINT D’ANCRAGE
Ancrez votre séquence dans un genre textuel, une thématique ou encore une œuvre intégrale. C’est votre repère pour garder la cohérence et guider vos choix.
4
PRÉVOYEZ UNE FINALITÉ MOTIVANTE
Donnez aux élèves un but concret : publier un texte, participer à un cercle de lecture, présenter un projet. La finalité doit aller au-delà de la simple évaluation.
5
SÉLECTIONNEZ ET ORDONNEZ VOS ACTIVITÉS
Alternez entre activités ciblées (ex. exercices de grammaire) et activités contextualisées (lecture, écriture, discussions). Pensez progression : du guidé vers l’autonomie.
6
ÉVALUEZ EN COHÉRENCE AVEC L’INTENTION
L’évaluation doit refléter ce que vous avez réellement travaillé. Elle doit montrer aux élèves comment la langue sert à mieux lire et mieux écrire. Dès lors, l’évaluation devrait permettre d’évaluer l’ensemble des composantes travaillées, et ce, de manière contextualisée.
BIBLIOGRAPHIE
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